Fiche de révision · Bac de français · Littérature d'idées
Bernard le Bovier de Fontenelle — 1686
Fontenelle, un homme-pont
Né en 1657, mort en 1757 (100 ans !), Fontenelle est un lien vivant entre deux siècles. Contemporain de Descartes et Corneille d'un côté, de Voltaire et Diderot de l'autre. Il fréquente les salons de Madame de La Sablière et de Madame de la Mésangère dès les années 1670.
Le monde des salons
Les salons du XVIIe sont animés par des femmes, en marge de la cour. On y cultive l'art de la conversation : mesure, enjouement, variété. Le pédant est détesté (voir Thomas Diafoirus dans Le Malade imaginaire de Molière). L'idéal est celui de l'honnête homme, cultivé et mesuré.
1637
Descartes publie le Discours de la méthode — la raison comme faculté universelle, l'esprit d'examen critique naît.
1657
Cyrano de Bergerac : L'Autre Monde (posthume) — voyage imaginaire sur la Lune, critique de l'anthropocentrisme et du géocentrisme.
1686
Fontenelle publie les Entretiens sur la pluralité des mondes — vulgarisation de l'astronomie en dialogue galant.
1687
La Querelle des Anciens et des Modernes éclate. Fontenelle se range du côté des Modernes : le progrès est possible, l'Antiquité n'est pas un absolu.
1751
L'Encyclopédie de Diderot & D'Alembert — Fontenelle aura préparé le terrain des Lumières.
"Paris est un filtre qui laisse passer de préférence des livres courts, écrits d'un seul jet, et où l'utile est inséparable de l'agréable."
— Marc Fumaroli, critique littéraire, sur l'écriture philosophique au XVIIe
En bref
Cinq nuits de conversation entre un philosophe-narrateur et une Marquise, dans un jardin, sous les étoiles. Le philosophe vulgarise la cosmologie de Copernic — la Terre tourne autour du Soleil, et chaque étoile est un soleil habité.
C'est une œuvre hybride : à la fois entretien galant et traité de philosophie scientifique. Elle illustre le principe du placere et docere (plaire et instruire) hérité d'Horace.
Genre & forme
Dialogue philosophique / entretien galant. La forme dialoguée permet de mettre en scène un public non initié (la Marquise) et de légitimer ainsi la vulgarisation. Fontenelle choisit un cadre nocturne et poétique : le jardin sous les étoiles.
Les deux personnages
Le philosophe — narrateur, vulgarisateur, héritier de Descartes.
La Marquise — aristocrate cultivée, représente le public mondain non scientifique. Sa curiosité croissante reflète l'effet souhaité sur le lecteur.
"Il n'y a pas jusqu'aux vérités à qui l'agrément ne soit nécessaire."
— Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes
Argument cosmologique
L'uniformité de la nature — raisonnement par analogie
Si la Terre est une planète habitée, et que la Lune possède des montagnes et des vallées similaires, pourquoi les autres planètes ne seraient-elles pas également habitées ? Fontenelle généralise : chaque étoile est un soleil entouré de planètes peuplées. C'est son argument pilier.
"Nos sciences ont certaines bornes que l'esprit humain n'a jamais pu passer. Il y a un point où elles nous manquent tout à coup, le reste est pour d'autres mondes."
— Troisième soir
Argument philosophique
Le rejet de l'anthropocentrisme
Fontenelle veut briser l'orgueil humain. La Terre n'est qu'une petite planète parmi des milliers. Imaginer que tout l'univers n'existe que pour éclairer les nuits des hommes est une idée ridicule et narcissique. Cette critique s'inscrit dans la lignée de Copernic, Galilée, et de Cyrano de Bergerac (L'Autre Monde, 1657).
"Pour moi, je commence à voir la Terre si effroyablement petite, que je ne crois pas avoir désormais d'empressement pour aucune chose."
— La Marquise, dans les Entretiens
Argument physique (Descartes)
La théorie des tourbillons
Fontenelle s'appuie sur la physique de Descartes : l'espace est rempli d'une matière subtile invisible qui tourbillonne autour des étoiles, entraînant les planètes. Chaque étoile est le centre d'un tourbillon indépendant — cela permet de concevoir une infinité de systèmes solaires sans contradiction. (Note : cette théorie sera invalidée par Newton, mais elle était la plus avancée en 1686.)
Argument sur la forme
La diversité des habitants des autres mondes
Point très original : Fontenelle refuse d'imaginer des "hommes" partout. Les habitants d'autres planètes s'adaptent à leur milieu. Sur Mercure (chaleur extrême) : ils sont "fous" de vivacité. Sur Saturne (froid) : lents et mélancoliques. La leçon est celle du relativisme : la forme humaine n'est qu'une variante parmi des millions de possibles.
"Je ne crois pas que le spectacle change plus de la Terre à la Lune, qu'il fait ici d'imagination à imagination."
— Entretiens sur la pluralité des mondes
Argument méthodologique
L'éloge du doute et de la conjecture
Fontenelle ne prétend pas prouver l'existence d'extraterrestres — il dit que c'est vraisemblable. Il réserve toujours "une moitié de son esprit libre". Cette humilité intellectuelle est aussi une stratégie : elle lui permet d'éviter la condamnation de l'Église (contrairement à Galilée ou Bruno), en présentant ses idées comme de simples "conjectures de l'esprit".
"Il faut ne donner que la moitié de son esprit aux choses que l'on croit, et en réserver une autre moitié libre où le contraire puisse être admis s'il en est besoin."
— Entretiens sur la pluralité des mondes
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"Toute la philosophie n'est fondée que sur deux choses, sur ce qu'on a l'esprit curieux et les yeux mauvais."
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"Si les roses, qui ne durent qu'un jour faisaient des histoires, elles diraient : 'Nous avons toujours vu le même jardinier ; de mémoire de rose on n'a vu que lui… assurément il ne meurt point comme nous.'"
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"Il n'y a pas jusqu'aux vérités à qui l'agrément ne soit nécessaire."
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"Il faudrait être simplement spectateur du monde, et non pas habitant."
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"Il faut ne donner que la moitié de son esprit aux choses que l'on croit, et en réserver une autre moitié libre où le contraire puisse être admis s'il en est besoin."
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"Pour moi, je commence à voir la Terre si effroyablement petite, que je ne crois pas avoir désormais d'empressement pour aucune chose."
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Goût — sens retenu
Le sens figuré : attrait pour certaines choses considérées comme sources de plaisir ou dignes d'intérêt. Dans les Entretiens, c'est l'attrait pour la contemplation de l'univers, pour l'astronomie et les progrès scientifiques.
Science — singulier vs pluriel
Au singulier, "la science" = l'ensemble du savoir, opposée au doute. Le singulier renvoie au goût du savoir en général, pas à une spécialité. Dans les Entretiens, de nombreux domaines sont convoqués : astronomie, biologie, physique, philosophie, littérature…
Placere et Docere — plaire pour instruire (Horace)
Horace (Art poétique) : "mêlez l'utile à l'agréable ; amusez le lecteur en l'instruisant." Fontenelle applique ce principe à la philosophie scientifique. Autres exemples du XVIIe :
Fontenelle & la Querelle des Anciens et des Modernes
Fontenelle est un Moderne convaincu. Pour lui, les progrès scientifiques et intellectuels sont réels, et les Modernes peuvent dépasser les Anciens en s'appuyant sur leur héritage. C'est cohérent avec les Entretiens : la science avance, la connaissance de l'univers progresse, et il ne faut pas s'arrêter aux autorités passées.
"La belle antiquité fut toujours vénérable ; mais je ne crus jamais qu'elle fût adorable. Je vois les anciens, sans plier les genoux ; ils sont grands, il est vrai, mais hommes comme nous."
— Charles Perrault, "Le Siècle de Louis le Grand", 1687 (côté Modernes, dont Fontenelle)
Œuvre cursive : Voltaire, Micromégas (1752)
Conte philosophique — deux géants extraterrestres visitent la Terre et découvrent des humains minuscules. Mêle critique sociale, religieuse et scientifique, illustre le relativisme et l'esprit des Lumières. Le livre offert à la fin, censé contenir le sens de la vie, a les pages blanches : leçon d'humilité radicale. Prolongement direct de Fontenelle.
Sujet de dissertation type — plan possible
Les Entretiens sur la pluralité des mondes ne visent-ils qu'à rendre le savoir scientifique accessible à un public non initié ?